“Qui rougit est déjà coupable, la vraie innocence n’a honte de rien.”
Jean-Jacques Rousseau.
Question de Timot’ :
Etudiant en BTS dans la construction bois écologique.
Je vais essayer de faire bref : je suis jeune, beau, intelligent, gentil, très humble et j’ai de l’humour (je parle jamais de moi comme cela). Mon entourage est très aimable, très ouvert et mes études me plaisent donc jusque là tout va bien.
Mais voilà je suis un peu timide de naissance et dès le collège je me suis rendu compte que je rougissais dans certaines situations par exemple quand le prof m’engueulait. Malheureusement je déteste avoir honte, hors lorsqu’on est rouge c’est trop la honte, on se sent le plus faible. Soit il ne fallait surtout pas que je rougisse. J’ai donc eus peur d’avoir honte, peur de rougir hors lorsque l’on tente d’empêcher le rougissement le problème ne fait qu’empirer et s’étale sur d’autres situations bénines où l’on à normalement aucune raison d’avoir honte. Le rougissement s’accompagne d’une bouffé de stresse extrême : cœur à 200b/min, transpiration et déconcentration. Et voilà maintenant je n’arrive pas à être réellement spontané et sociable j’ai toujours une petite voix qui me dit : fait gaffe si tu fais ou dit ça tu peux rougir. EX. l’autre fois je me suis dit : si tu rougit là on va penser que t’es gay, et paf je suis devenu rouge comme un con alors que je suis 100% hétéro. Par exemple avec les filles c’est difficile je n’ai pas la confiance en moi nécessaire pour oser sortir avec elles de façon durable et les accoster sachant que je peux rougir à tout moment c’est pas super. Du coup je préfère boire un bon coup et aller en boîte de nuit pour en trouver une jolie qui veuille bien aller vers moi et là d’accord mais ça reste rare =/. Bien sur pas question de la ramener devant ma famille où devant mes potes parce que si je rougis quand elle est chez moi ou quand ma famille va m’en parler plus tard c’est trop la honte je serais en quelque sorte un faible. J’ai un manque de confiance en moi et une éreutophobie (j’ai vu des forum sur le net et je pense que c’est ça). Je n’ai pas beaucoup d’argent je ne pense donc pas payer vos mail-réponse future mais donnez moi au moins une piste vous êtes la Première personne à qui j’en parle. Le problème persiste depuis environ 5 ans mais il n’est pas non plus très grave il me bride en quelque sorte et c’est mauvais, difficile de vraiment s’épanouir avec ça. Merci beaucoup j’espère avoir été claire =)
Ma réponse :
Détester avoir honte, c’est se rendre vulnérable à la honte quand on se sent honteux. Comme vous le dites si bien, « lorsque l’on tente d’empêcher le rougissement le problème ne fait qu’empirer et s’étale sur d’autres situations bénignes où l’on à normalement aucune raison d’avoir honte. »
Votre petite voix intérieure qui vous sussure « fais gaffe » vous rend donc de plus en plus vulnérable, parce que vous avez la crainte de vivre ce que pourtant vous vivez… c’est ainsi que petit à petit, vous devenez l’otage de ce que vous craignez. Vous en arrivez même à devoir compenser certains de vos comportements avec de l’alcool afin de tenter d’être le plus fort.
L’éreutophobe – parce qu’il a appris à ne pas avoir confiance en lui – devient l’otage de sa honte, il somatise son absence de confiance en lui en rougissant.
Vous n’êtes pas né timide ni « honteux », vous avez appris à le devenir en compagnie de personnes qui jugeant vos émotions « anormales », vous ont contraint à les réprimer.
Interrogez-vous sur les causes de votre absence de confiance en vous-même. Etait-il possible – dans votre milieu familial – de partager librement votre vécu émotionnel ou ressentiez-vous déjà une gêne à le faire ?
Vous avez appris peu à peu à vous trahir vous-même en vous divisant intérieurement : il devenait impossible pour vous d’oser assumer celui que vous étiez avec les émotions qui le caractérisaient.
Quand nos émotions sont adaptées à la réalité, elles sont utiles pour nous puisqu’elles servent à gérer des situations diverses en nous mettant en alerte en face de quelque chose qui ne va pas. Il est normal et salutaire d’avoir peur devant un danger, de ressentir de la colère face à une injustice ou de vivre de la tristesse au moment d’une perte. Nous avons donc à les respecter.
Quand nos émotions ne sont pas adaptées à la réalité, elles sont inhibitrices pour nous et nous empêchent de gérer les situations de façon juste et équilibrée. Elles sont alors le signe de notre fonctionnement pathologique. C’est ainsi qu’une personne peut devenir phobique, violente ou dépressive.
Le jour où vous vous êtes senti blessé, peut-être même humilié quand vous ressentiez les émotions qui étaient les vôtres, vous avez sans doute secrètement décidé de ne plus les ressentir… pour ne pas devoir les montrer et courir le risque d’une nouvelle humiliation.
En tentant de les inhiber pour ne plus les ressentir, au moment même où vous les ressentiez… « Je ne devrais pas avoir peur puisque ceux que j’aime me le disent ; je n’ai aucune raison d’être en colère puisque les autres m’aiment ; je ne dois pas pleurer puisque je dois être grand… » vous vous trahissiez vous-même et vous condamniez au même moment à la honte d’être l’être sensible que vous étiez, vous obligeant ainsi à en rougir… pris dans le cercle vicieux : émotion / refus de l’émotion / honte / mal aise / rougissement / nouvelle émotion encore plus intense etc.
Comment rompre ce cercle vicieux ? En faisant grandir la part de vous-même capable d’assumer qui vous êtes, pour faire rapetisser la part de vous-même qui subit la honte.
Cela va être pour vous un apprentissage quotidien que d’oser assumer vos états émotionnels variés. Et si vous aviez le culot d’assumer votre timidité ?
Pour cela il va vous falloir ne plus rester fidèle à tous ceux que vous avez rencontrés dans votre histoire et qui vous ont fait sentir (parfois même inconsciemment) que tel que vous étiez – avec la sensibilité qui était la vôtre – vous n’aviez pas le droit de l’être : vous défier de tous ces voleurs de confiance.
Il vous faudra beaucoup de courage pour moins obéir à la honte et plus à vous-même. Il vous faudra braver vos rougissements en ne leur obéissant pas : oser – par exemple – répondre à celui qui tenterait de vous déstabiliser en se moquant de vous quand vous rougissez, quelque chose comme « Hé bien vois-tu, oui, je rougis ! »
Le jour où vous oserez laisser s’exprimer librement votre émotivité, vous n’aurez plus honte d’elle et vous ne serez plus contraint d’en rougir malgré vous. Les émotions ne sont dangereuses pour vous que parce que vous les refusez, elles ne vous joueront plus de tour si vous les laissez s’exprimer librement à l’intérieur de vous.
Ceux qui vous disent qu’il est anormal d’avoir peur, d’être en colère ou d’être triste sont les fossoyeurs de votre vie.
Et si vos rougissements, votre éreutophobie n’était que le signal donné par votre corps pour vous faire comprendre que vous devez vous assumer tel que vous êtes en osant parler « vrai », en particulier à tous ceux qui ont tenté de vous persuader qu’il ne le fallait pas ?
Qui est, selon vous le plus faible ?
Celui qui a une émotion mais qui la cache parce qu’il en a honte ou celui qui a une émotion et qui l’assume parce qu’il sait que son émotion n’est pas une faiblesse ?
Votre véritable faiblesse n’est-elle pas d’avoir honte de l’émotion qui est la vôtre ?
Je reprends vos exemples :
- si vous avez peur d’être engueulé par le prof, vous vous condamnez à avoir honte quand vous vous faites engueuler par lui,
- si vous avez peur de paraître gay, vous vous condamnez à en avoir honte quand vous paraissez l’être.
- si vous avez peur d’accoster une fille, vous vous condamnez à vous sentir très mal quand vous en accostez une,
- si vous avez peur du jugement de votre famille sur vous, vous vous condamnez à vouloir rentrer sous terre le jour où votre famille, en proie à ses préjugés, vous juge en vous humiliant,
- …et si vous avez peur de votre honte, vous vous condamnez à vous sentir encore davantage honteux quand vous vous sentez honteux, amplifiant ainsi le cercle vicieux dans lequel vous êtes entré…
Tous les êtres vivants sont soumis à la peur, n’attendez donc pas de ne plus avoir peur pour agir. Avancez peu à peu, pas à pas, « avec » votre peur, plutôt que de vous condamner à lui rester fidèle en n’agissant pas.
Le poète Rainer Maria Rilke exprimait les choses ainsi :
« Peut-être tous les dragons de notre vie ne sont-ils que des princesses qui attendent de nous voir agir juste une fois avec beauté et courage. Peut-être tout ce qui est terrible est, dans sa plus profonde essence, quelque chose d’impuissant qui a besoin de notre amour. »
© 2010 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.
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Ma formation première est celle d’un philosophe. Il est possible que les idées émises dans ces articles vous apparaissent osées ou déconcertantes. Le travail de connaissance de soi devant passer par votre propre expérience, je ne vous invite pas à croire ces idées parce qu’elles sont écrites, mais à vérifier par vous-même si ce qui est écrit (et que peut-être vous découvrez) est vrai ou non pour vous, afin de vous permettre d’en tirer vos propres conclusions (et peut-être de vous en servir pour mettre en doute certaines de vos anciennes certitudes.)