Comment expliquer l’attitude apparemment irrationnelle et antisociale de ces personnes qui s’obstinent à ne pas vouloir s’excuser quand elles ont fait une erreur dommageable à autrui, alors que c’est un moyen à la fois simple et efficace de pacifier une relation ?
A la suite de plusieurs expériences en psychologie sociale, le Docteur Tyler Okimoto, de l’université du Queensland (en Australie), a constaté que les personnes qui avaient refusé de présenter des excuses après avoir commis une erreur, vivaient – au moment de leur refus – un important sentiment de puissance et d’estime d’elles-mêmes, donc qu’elles en retiraient un bénéfice psychologique.
Or – contrairement aux apparences – une personne qui ne s’excuse pas quand elle a commis une erreur est une personne qui, parce qu’elle pense qu’elle n’aurait pas dû commettre d’erreur, culpabilise d’en avoir commis une. Mue par un sentiment d’infériorité, elle ne peut pas prendre le risque de reconnaître qu’elle a fait une erreur car, dans sa paranoïa, elle croit que s’excuser serait montrer sa faiblesse.
C’est parce qu’elle se juge inadéquate qu’une personne peut être dans le déni de ses erreurs comme de ses maladresses. A contrario, une personne lucide, un être humain équilibré, juste et vrai dans sa relation à lui-même et aux autres s’assume dans sa nature même d’être humain qui fait des erreurs. Puisqu’il s’assume, il est à l’aise et ne ressent pas le besoin de compenser sa culpabilité par un sentiment de puissance.
N’ayant rien à redouter, il ne se sent pas honteux de commettre des erreurs, il sait qu’il vit dans un monde relatif dans lequel il est faillible, comme tout le monde. Il sait aussi que ses actions ne manqueront pas d’être interprétées par les autres de manières diverses.
Si s’excuser peut n’être que de l’hypocrisie dans un monde de faux semblants, celui qui refuse de le faire ou n’y parvient pas est la proie d’un complexe de supériorité qui le contraint à refuser de voir les choses telles qu’elles sont et à rester dans son illusion.
On peut aussi appeler cela de la fierté mal placée, s’il est vrai que comme le partage Marshall Rosenberg, le père de la Communication Non Violente (CNV) : « La raison pour laquelle les gens ne s’excusent pas, c’est parce que c’est trop difficile pour eux d’affronter ce qu’ils ont fait. »
Si nous parvenons à ressentir cela, il nous sera plus facile de cesser de nous indigner quand les gens ne s’excusent pas alors que nous pensons qu’ils devraient le faire.
Il ne nous viendrait pas à l’idée de nous indigner qu’un aveugle ne puisse pas lire un texte, alors pourquoi s’indigner si notre enfant – qui a commis une erreur – ne s’excuse pas ? Cela ne nous montre-t-il pas simplement qu’il a peur de son erreur ? Pourquoi devrions-nous le juger parce qu’il a peur ?
Dans le milieu professionnel quand il nous arrivera de penser que tout de même c’est insensé que notre collaborateur ne reconnaisse pas simplement ses erreurs, peut-être saurons-nous nous souvenir qu’en réalité cette personne est simplement conditionnée par sa souffrance.
En réalité, s’excuser signifie simplement que nous considérons la relation à l’autre plus importante que notre petit ego qui veut à tout prix paraître supérieur.
© 2014 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.
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